L'enfant anxieux

L’enfant anxieux est un enfant tout-puissant.

La peur et l’anxiété sont souvent un frein au bon développement de l’enfant.
Une angoisse non décelée et non soignée peut être source de pathologies à l’adolescence et à l’âge adulte. Une aide psychologique s’avère utile.

10% des enfants seraient anxieux ou porteurs de comportement anxiogène.
Cette situation peut être la résultante d’émotions diverses ressenties par l’enfant dans sa vie et, en particulier, chez des enfants dont les parents sont eux-mêmes porteurs de ce symptôme.
On parle alors d’anxiété génétique.
La forme adulte diffère de celle de l’enfant, mais elle a, comme dénominateur commun, une émotion de peur qui entraîne l’insécurité.

S’adapter au monde

Chez le nourrisson et l’enfant, l’anxiété et l’angoisse ne se distinguent pas forcément. On sait que la naissance et la venue au monde sont une première situation de stress pour l’enfant puisque ses fonctions biologiques et psychologiques sont chamboulées.
Le nouveau-né doit s’adapter à une situation à laquelle il doit faire face rapidement pour vivre.
Chez le plus grand, à partir de l’âge de trois ans et plus, on remarque que l’anxiété peut être fixée sur une personne ou un objet identifiable.
L’angoisse est une impression plus vague que l’enfant ne peut pas décrire et identifier clairement.
Les premières crises se manifestent fréquemment lors de la première séparation avec les parents et sont marquées, chez le nourrisson, par des cris, un refus de s’alimenter et des troubles du sommeil.

Cette première expérience – jamais anodine – est parfois compliquée pour le bébé.
Mais, comme tout changement, elle lui permettra d’expérimenter des situations nouvelles qui structureront sa personnalité.

Au fil du temps, l’enfant comprendra le sens de la séparation et les troubles s’estomperont, voire disparaîtront.
Il intègrera que ‘ce n’est pas parce qu’on est absent qu’on ne revient pas’.
Il élaborera une représentation mentale de la situation de séparation qui le sécurisera partiellement.

 

Une pathologie reconnue

On parle véritablement de pathologies anxieuses lorsque les troubles sont répétés, vécus toujours de la même façon, reproductibles à chaque fois et affectant le quotidien.

On reconnaît un enfant anxieux à la façon dont il aborde une situation nouvelle.
Il est sur le qui-vive, n’est jamais rassuré, n’arrive pas à s’apaiser et s’accroche à sa famille désespérément.
C’est un enfant qui aime les réunions de famille, contrairement à bon nombre de jeunes qui trouvent cela très contraignant. Il réclame la présence d’adultes connus.
Il est inconsolable, prostré mentalement, incapable verbalement de sortir de son marasme au cours de situations nouvelles rencontrées.

Ses parents sont souvent désemparés et peuvent même être trop empathiques avec lui, réactualisant des situations qu’ils ont eux-mêmes connues petits.

Le stress de la famille nourrit l’appréhension de l’enfant et son insécurité.
L’anxiété devient une attache avec les parents et même un lien ‘unique’ qui, avec le temps, peut être un moyen puissant de communication entre l’enfant et sa famille.

L’enfant en tire un bénéfice si important que le dialogue qu’il entretient avec son père ou sa mère prend sa source à travers cette difficulté. En effet, la crainte renforce les échanges entre les parents et leur enfant de manière pathogène, ne faisant exister la relation familiale que de cette façon.

 

Des relations piégées

C’est là que l’enfant piège son environnement en empêchant ses parents de se séparer de lui.
Une surprotection étouffante se met en place, emprisonnant toute la famille.
Cette sécurité apparente – que l’enfant se modélise en gardant les parents pour lui – n’est en fait que la résultante d’une situation très « insécure ».

Sa représentation au monde n’est pas dans la continuité ou dans la pulsion de vie, mais dans le moment présent, sans frustration.
Il ne veut pas prendre le risque de perdre quelque chose de sa petite enfance.
C’est sa toute-puissance qui fonctionne, l’enfant n’élaborant pas de projection dans le futur.

Pourquoi arrêterait ‘il ce mécanisme puisque – en apparence – il a tout à y gagner ?
C’est souvent lorsque l’enfant entre à la maternelle que les « choses » se fixent et qu’elles sont repérées par des personnes étrangères ou extérieures à la famille.
Les parents se rendent compte désormais de la difficulté de ce problème si astreignant pour eux. Mais, ayant pratiquement toujours cédé à la pression de leur enfant, ils ne savent pas comment agir différemment. Ils connaissent la fragilité de la personnalité du jeune, véritable éponge émotionnelle.

 

Le rôle des professionnelles

Au cours des formations d’assistantes maternelles, l’accent est toujours mis sur l’importance et l’enjeu de proposer une adaptation avec un temps minimal, afin que l’enfant se trouve dans les meilleures conditions possibles pour se séparer de ses parents.
Néanmoins, on remarque qu’au terme de cette période, certains parents ne se sentent pas en sécurité et qu’il faudra encore du temps pour que la famille puisse s’investir dans une relation partagée avec la professionnelle.
C’est à ce moment que cette dernière joue un rôle séparateur et bienveillant avec ces familles en difficulté.

Elle devra imposer certaines choses en douceur, comme des rituels de séparation qui rassureront les parents et l’enfant.
Une communication positive mais affirmée, un sommeil régulier et une bonne alimentation cadreront son quotidien.
L’assistante maternelle se rend vite compte que tout cela n’a pas pu être suivi par la famille, souvent accaparée pas le souci de l’enfant qui exige beaucoup de choses pour ne pas souffrir, en apparence, de son anxiété.
Le problème ne fait que se déplacer, occupant une place importante et ne favorisant plus un rythme quotidien confortable et sécurisant pour l’enfant.

L’assistante maternelle exposera peut-être l’enfant à ses pairs, en se rendant au relais assistantes maternelles, en sortant au parc ou, simplement, à son domicile, en lui permettant de partager avec d’autres enfants.
Pour cet enfant, que tout impressionne et déstabilise, la difficulté sera vraiment douloureuse au départ.

 

La bienveillance des adultes

La professionnelle pourra jouer à cache cache, mimer la séparation avec des marionnettes, des livres, etc.
Les adultes autour de l’enfant seront bienveillants, mais surtout, ne baisseront pas les bras.
Ils doivent savoir qu’ils y arriveront et, même si le doute peut quelquefois atteindre les adultes accompagnants, ces derniers doivent tenir une attitude ferme.
Les conversations devant l’enfant doivent toujours se tenir en dehors de lui, sauf s’in s’agit de le complimenter ou de le féliciter devant sa famille.

L’enjeu est très important.
On remarque que déjà, vers 2 ½ ans – 3 ans, l’enfant peut avoir établi des impossibilités de vivre « normalement », avec des conséquences graves dans l’avenir comme la dépression, la phobie et même des troubles physiques tels que les maux de ventre, les vomissements, les évanouissements, sont presque toujours présents.
Des pensées destructrices s’élaborent quelquefois, car il ne se sent pas « comme les autres » et a l’impression d’être dépassé.
La mort est au centre de ses préoccupations.
Il constate que les gens qu’il aime peuvent disparaître et mourir en son absence.

 

Un soutien psychologique nécessaire

Une aide psychologique est parfois un bon soutien pour calmer les maux de son corps et lui apporter un confort de vie.
Des techniques comportementales et cognitives sont d’un grand secours, sans oublier le côté systémique de la problématique, car toute la famille est impactée.

L’anxiété est un processus subtil chez le jeune, dont l’adulte doit mesurer les difficultés et les conséquences.
La parole et les phantasmes chez l’enfant ne sont pas toujours faciles à comprendre.
Mais heureusement, dans 65% des cas, une prise en charge précoce et la reconnaissance des troubles ne laisse aucune séquelle.
Un enfant angoissé petit ne sera pas obligatoirement un adulte anxieux.

 

 

Source : Martine Mesnil-Richard   l’assmat octobre 2013 n°122

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