Croquer, Mordre

Croquer, et parfois…
s’en mordre les doigts !

Il est délicieux de croquer un bon fruit. Cela soulage énormément de mordre un jouet, quand les premières dents montrent le bout de leur nez. Mais c’est toute une autre histoire quand la main du copain se trouve sous les dents !
Une histoire qui peut faire des tas d’histoires selon l’empreinte laissée et/ou la fréquence de l’incident. Alors posons-nous les bonnes questions : qu’est-ce qi pousse l’enfant à mordre et comment y répondre ?

La bouche est la première chose que bébé peut découvrir seul. Il joue avec sa langue, fait des bulles avec sa salive, il tète, croque, léchouille. Dès que l’agilité de ses mains le lui permet, tout ce qu’il attrape finit à la bouche. Il explore à sa façon et découvre comment sont faits les objets.

Puis viennent les premières dents. De grands moments gustatifs s’annoncent avec la découverte de saveurs multiples et variées. Mais de fortes douleurs peuvent se déclarer aussi. Et là, finies les gentillesses, bébé mord et il mord pour de bon ! Ses douleurs le mettent en colère et la morsure l’apaise tant. Mordre devient synonyme de soulagement, un soulagement incité pas l’entourage qui ne veut que son bien-être.

Du coup, un peu plus grand, quand un conflit s’installe, que la colère monte et que les mots manquent pour l’exprimer, mordre arrive comme par réflexe. A ce moment l’enfant ne comprend pas la réaction de l’adulte qui auparavant l’incitait à faire ce geste pour soulager la colère, en le plaignant même de la douleur qu’il éprouvait, et maintenant le désapprouve.

Bien entendu on ne peut pas empêcher bébé de mordre pour soulager ses douleurs dentaires en prévention des morsures de colères futures. L’enfant va apprendre à faire la différence entre les deux et comprendre que l’on ne peut pas tout croquer. Quelle est la place de l’adulte dans tout ça ?

 

Comprendre le pourquoi

L’acte est souvent si rapide qu’il peut arriver même si l’on surveille les enfants comme le lait sur le feu. Par contre, à défaut de pouvoir l’empêcher, le fait de voir de quelle manière cela s’est déroulé permet de comprendre pourquoi cela a eu lieu.

Le déclencheur est souvent le même : l’incompréhension de s’être fait voler le jouet qu’il avait dans les mains, le regarde de l’adulte qui se pose trop souvent un autre que lui, les mouvements de la porte d’entrée qui font penser au départ de maman…

Quelles qu’elles soient toutes les émotions de l’enfant ont besoin d’être accompagnées. Il est prouvé que plus on répond au besoin d’affection et d’attention de l’enfant, plus il se sent en sécurité, moins il sera dépendant de l’adulte avec le temps. Si en plus cela peut éviter un tel conflit !

Il est d’autant plus important de voir la scène que ce n’est pas forcément le mordu qui a causé la colère de l’enfant. Il était peut-être juste là au mauvais moment, au mauvais endroit et un petit rien a déclenché l’attaque, du fait des fortes émotions qu’il vivait à ce moment précis.

 

Et si ce n’était qu’un jeu

Il n’est pas exclu que le geste vienne malencontreusement pendant un jeu.
C’est d’ailleurs l’adulte qui y joue en premier.
Qui n’a jamais dit d’un bébé qu’il a de si belles joues qu’on a envie de les croquer ?
Qui n’a jamais joué à croquer le ventre ou les cuisses pendant le change ?
Qui n’a jamais mimé de montrer les dents en racontant une histoire de loup ?
Quand à son tour l’enfant joue à ce jeu, on n’est pas à l’abri d’un accident de « faire semblant ».

 

… ou une erreur de compréhension du langage

La langue française a le don d’être complexe. Un seul mot peut être associé à tant de définitions que le jeune enfant peut y perdre son latin. Lui n’a pas le droit de mordre son copain, mais ses parents n’ont de cesse de parler du grand frère « mordu » de tennis. Quand papa revient de la pêche et que « ça a bien mordu », toute la famille se régale au repas suivant. Pour la surprise de maman, tout le monde était fier qu’elle ait « mordu à l’hameçon » et ne se doit doutée de rien…
La subtile différence vient de l’impulsion qui la cause. Lors que c’est la colère qui pousse à agir mieux vaut apprendre à l’enfant à trouver un autre moyen de l’exprimer.

 

Accompagner les deux enfants

Quelle que soit l’origine de la morsure, les deux enfants ont besoin d’être accompagnés.
Cela parait paradoxal de consoler le mordeur, mais son acte est révélateur d’un défaut de compréhension et/ou de communication. Il ne sait pas encore bien parler et même si c’est le cas il ne sait pas pour autant exprimer ses émotions. Il ne sait pas non plus ce que veut dire « faire mal ». Pour autant, il n’est pas bon de le mordre en retour pour lui faire comprendre. Cela revient à lui montrer comment mieux faire la prochaine fois. Si l’adulte en colère après lui le mord, il comprend que mordre est une réaction normale quand on est en colère.

Mais avant toute chose il faut d’abord consoler l’enfant mordu.
Ensuite vient la phase d’explication. Après avoir apaisé le mordeur, pour qu’il soit en capacité d’écouter, l’adulte doit poser des mots sur ce qu’il vit. Il décrit ce qu’il s’est passé et explique à l’enfant qu’il a le droit d’être en colère mais qu’il n’a pas le droit de l’exprimer de cette manière. Le gronder sans autre explication ne ferait qu’augmenter sa frustration. Cela ne l’aidera pas de le laisser se débrouiller avec ses émotions sans lui expliquer comment les gérer. Et il y a de forts risques qu’il recommence de plus belle.
L’enfant doit apprendre à exprimer cette colère sans faire mal aux autres ni à lui-même d’ailleurs.

Après l’explication, l’adulte peut proposer différents moyens qui pour lui sont acceptables pour exprimer ce qui ne va pas : parler, demander un câlin, taper dans le coussin de la colère…
Une fois les émotions des deux enfants atténuées, on peut demander à l’un de s’excuser après de l’autre et les accompagner dans leur jeu pour leur apprendre à être ensemble et à dire avec des mots plutôt qu’avec les dents.

Le jeune enfant a tout à apprendre : comprendre ses émotions, gérer sa colère, s’excuser et passer à l’autre chose font partie du lot. Il est du rôle de l’adulte de l’accompagner dans toutes ces étapes.

 

Source : assistantes maternelles magazine

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