Pygmalion

 

Estime-t-on à sa juste valeur le rôle prépondérant joué par l'affectivité, chez l'enfant, dans l'ensemble des mécanismes d'apprentissage, et ceci autant pour ce qui est du bébé qu'en ce qui concerne les adolescents ?

L'effet Pygmalion.

Sans doute pas, si l'on en croit les résultats d'une expérience réalisée aux Etats Unis.

'Des psychologues ont évalué plusieurs groupes d'enfants âgés de 10 à 12 ans, grâce à de nombreux tests et mesures de leur quotient intellectuel (dit « QI » pour les intimes et représentant sans doute la plus grande absurdité qui soit, quant à l'usage qui pourrait encore en être fait en vue d'orienter les enfants dans leur parcours scolaire !).
Le test étant réalisé, les enfants devaient, l'année suivante, entrer dans la classe supérieure accompagnés du résultat obtenu qui était, dès le début d l'année, communiqué au nouvel enseignant.
La règle du jeu consistait à demander six mois plus tard, à tous les enseignants concernés si ces tests, les avaient aidés dans leur approche pédagogique.
Le seul petit « trucage » avait consisté à abattre les cartes, c'est à dire à mélanger les résultats et, donc, à attribuer à chaque enfant des niveaux totalement arbitraires, n'ayant rien à voir avec leur capacité réelle.
Cette expérience renouvelée 3 années de suite et concernant à chaque fois de nouveaux élèves, a abouti aux chiffres suivants : interrogés au mois de juin, près de 82% des enseignants ont répondu positivement affirmant que ces tests avaient facilité leur travail et « ... correspondaient assez bien à chaque enfant » !
Ces tests ont également été effectués dans plusieurs pays, qui à donné les même résultats, et a aboutir à définir ce qu'il est aujourd'hui convenu de nommer : « l'effet Pygmalion ».'

Celui-ci, malheureusement, assez efficace, fonctionne conjointement à merveille sur un double registre, l'enfant et l'adulte :

- Registre adulte, lorsque l'on nous étiquette un enfant comme étant « en retard », « rêveur »,« turbulent »,... ou encore « agressif »... nous avons très vite tendance à le regarder comme il nous à été désigné.

- Registre enfant, un loupiot se sentant évalué négativement, pas estimé, possède un talent fou pour ressembler à l'image que l'on a de lui et qu'on lui renvoie.

En conséquence, par convergence des deux, à notre insu, notre intime conviction finit par l'emporter, se confirmer er sembler légitime, quels que soient les talents réels de l'enfant.

Cet effet Pygmalion peut fonctionner en famille, à l'école bien sûr... Mais aussi chez l'assistante maternelle.

En famille.

Par exemple, en comparant nos enfants entre eux et en montrant sans cesse « au vilain petit canard » les compétences de son frère ou de sa sœur, beaucoup plus talentueux que lui !

Une telle démarche part le plus souvent d'un bon sentiment et a pour objectif d'inciter l'enfant « un peu à la traîne » à progresser mais, dans la plupart des cas, elle risque fort d'aboutir exactement au résultat contraire : l'enfant dévalorisé, effet Pygmalion oblige, perd encore plus confiance en lu et celui ou celles cités en permanence en exemple ne se sentent aimés que quand ils sont les meilleurs étant par ricochet, très fragilisés par la peur de l'échec !

A l'école.

On connaît, bien sûr, l'impact du regard parfois dévastateur porté par quelques enseignants sur certains enfants avec lesquels « la mayonnaise ne prend pas ...».

Sans parler des appréciations écrites sur le carnet scolaire dès le cours préparatoire qui, transmises et précédant l'enfant d'une année sur l'autre, peuvent constituer une traînée de poudre si elles s'avèrent dévalorisantes et disqualifiantes !

Chez l'assistante maternelle.

En apparence, jusque-là, nous étions bien loin de la fonction d'assistante maternelle... quoique les personnes exerçant ce métier sont souvent simultanément concernées par les très jeunes enfants dans leur activité professionnelle, mais aussi par l'école, le collège, le lycée... dans leur rôle de maman.

Ceci étant dit, l'effet Pygmalion intervient tout autant dans la relation s'installant entre un bébé et la famille au sein de laquelle il est accueilli chaque matin.

Afin de mieux le comprendre, citons un court exemple qui, pour moi, est très explicite et devrait être fortement pris en compte pour ce qui est de la régularité et de la stabilité des temps d'accueil.
Cet exemple se situe dans le champ des travaux de recherche réalisés sur le thème de la « résilience » (capacité de reconstruire une histoire après une déchirure).
Cette faculté psychologique est très inégalement répartie, tant chez les enfants que chez les adultes, certains se montrant beaucoup plus résistants que d'autres aux épreuves de la vie.

Or, il a été mis en évidence que les enfants qui, au cours de leurs premières années, avaient été sans arrêt changés de lieux d'accueil pour des questions d'organisation matérielle (une semaine chez une voisine, quinze jours chez mamie...) étaient bien plus fragiles que les autres quant aux« tuteurs de la résilience ».

Pourquoi ? Précisément parce qu'ils avaient inconsciemment l'impression que, s'ils migraient sans cesse d'une maison à l'autre, c'est parce que personne ne les aimait ! « Est-ce que je suis aimé tel que je suis ? »... « Amour, respect, confiance, estime de soi... » sont autant de clés alimentant l'effet Pygmalion, parfois pour le pire et, espérons-le souvent pour le meilleur !

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