Le risque zéro

La peur du danger.

Parmi les « déferlantes»  qui nous tombent dessus, depuis quelques
années, dans le domaine éducatif, l’une des plus remarquables et intenses est
la peur du danger.

Non seulement il est évident que le risque zéro n’existe pas, mais qu’il serait
une entrave au développement serein de l’enfant.

En effet, que veut dire « assurer la sécurité »
d’un enfant si ce n’est, aussi, lui apprendre à maîtriser son environnement,
lui permettre de tester des risques calculés ?

Un beau jour, notre petit se met debout sur les jambes! Tout
le monde autour de lui applaudit mais, face aux ovations, il tourne la tête… et
tombe.

Bien sûr, il pleure et il crie ! Evidemment, on va le
consoler et l’aider à se relever.

Mais, au fil des chutes, de mieux en mieux contrôlées, voire de plus en plus
volontaires (histoire d’attirer l’attention !), il va savoir gérer son
équilibre et, ainsi, pourra partir vers de nouvelles aventures qui, d’ici peu,
le conduiront au pied d’un mur d’escalade.

A ce moment-la, son monde changera de nouveau : il
découvrira pleinement la troisième dimension, dans les deux sens. Ascension
vers le sommet… mais aussi retour à la case départ en cas de dérapage. Retomber
soudain sur ses fesses au bas du mur, il y a de quoi rager, hurler… mais il y a
là aussi de quoi recommencer, essayer à nouveau de gravir la pente et de
dominer la pesanteur, encouragé par les adultes alentour.

Accompagner un enfant dans la prise de risque.

Accompagner un enfant dans la prise de risque c’est, tout en
le surveillant sans trop de relâche, d’abord savoir le rassurer en lui
adressant des messages de confiance, avec des expressions et des mots positifs.

A l’inverse méfions-nous des propos négatifs tels que : « tu t’y
prends toujours mal » « c’st trop dure pour toi »… et bien
d’autres du même tonneau constituant autant de peaux de banane qui selon une
forte probabilité, pourront réellement le mettre en danger.

Un problème d’adulte ?

Mais arrêtons là non propos théoriques. Il va de soi que
nous sommes tous d’accord sur ces constats et sur l’impossibilité du prétendu
« risque zéro ». Alors, dans ce cas, d’où vient le malentendu ?
Et s’il s’agissait uniquement d’un problème d’adulte ?

Pour mieux le comprendre, imaginons un cas de figure.

Par exemple :
Des parents qui culpabilisent de trop travailler et de confier leur enfant à
une tierce personne (crèche, assistante maternelle, ou autre).

Continuons à imaginer que tout ce passe bien entre cette professionnelle et
leur loupiot, au point que celui-ci ne daigne pas leur dire « au
revoir » lorsqu’ils sen vont le matin, tellement, pour lui cela va pour
le mieux.

Objectivement, ces parents ont toutes les raisons d’être satisfaits de la
situation, mais inconsciemment, en eux, une boule se forme au fond de la gorge.

Dans leur esprit s’impose, alors, en filigrane cette question lancinante :
« …Elle passe toute la journée avec notre enfant ! Est-ce qu’il ne va
pas finir par la préférer ? »

Ces parents, le plus souvent et ouvertement ne tariront pas d’éloges vis-à-vis
de cette professionnelle hors pair… Sauf le jour où se produit une quelconque
petite anicroche : un bleu, une bosse, une coupure…
Là ils vont pouvoir mettre des mots sur la douloureuse rancœur qui était cachée
dans leur tête.
Aujourd’hui leur enfant à été mordu par un autre ! En arrivant le soir,
ils apprennent « le drame » ( !), et aussitôt,  combat commence.
Ils s’exclament : « je veux le nom de celui qui mord ! Il faut
l’exclure car il met tout le monde en danger ! C’est un enfant
agressif !... »

Nous sommes là dans un domaine psychologique qui n’a rien à voir avec la
gravité réelle de la situation, mais une chose est sur : si ces parents ne
sont pas profondément rassurés, le plus tôt possible, quant à eux-mêmes, quant
à leur amour indéfectible que leur enfant leur porte, l’agressivité
disproportionnée et infondée qu’ils manifesteront restera la même et au moindre
incident pourra même aller en s’amplifiant.

Si leur gamin, quelque temps plus tard tombe dans la cour de l’école, poussé
par un autre en jouant, ce sont eux qui voudront à tout prix connaître le nom
de la personne qui surveillait la récréation, qui feront une déclaration à leur
assurance scolaire, etc.

Attention, danger !

Le véritable risque, dans de telles mésaventures, vient sans
doute de l’autocensure.

Ce type de comportement procédurier peut entraîner les professionnelles, ayant
peur que les parents portent plainte contre elles au premier avatar venu, à
appliquer le système de précaution et surprotéger les enfants dont elles ont la
garde : les empêcher d’affronter des situations nouvelles, d’entrer en
conflit avec d’autre au square, voire même de courir.


Ainsi, faute d’expériences multiples et variées, les enfants
n’auront pu être confrontés à tout danger inconnu et pourraient développer chez
eux, un lourd sentiment d’anxiété.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×